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Arménie sauvage : 7 jours de trekking dans les montagnes du Syunik et les brumes de Goris

03.07.2026 г.
22
auteur:Hélène Sokolova
lieu:Arménie, Goris
Arménie sauvage : 7 jours de trekking dans les montagnes du Syunik et les brumes de Goris
Arménie sauvage : 7 jours de trekking dans les montagnes du Syunik et les brumes de Goris
Arménie sauvage : 7 jours de trekking dans les montagnes du Syunik et les brumes de Goris

Pourquoi le Syunik : comment nous avons troqué les cafés urbains pour les sentiers du sud de l'Arménie

L'idée de partir en Arménie est née par hasard, alors que mon amie Marina et moi regardions les photos sur le blog d'un photographe naturaliste. Nous ne voulions pas du Erevan classique avec ses avenues bruyantes ou du lac Sevan déjà trop vu. Nous étions attirées là où les montagnes deviennent plus escarpées et l'air plus pur. Notre choix s'est porté sur la région du Syunik, et plus précisément sur les environs de Goris. Nous ressentions toutes deux le besoin de nous secouer, de troquer la routine du bureau contre l'effort physique et de voir cette Arménie qui se cache dans les brumes des hautes terres. Le début du mois de juin semblait être le moment idéal : la neige sur les cols devait déjà avoir fondu, et la chaleur épuisante n'avait pas encore eu le temps de brûler la verdure des prairies alpines.

La préparation a été sérieuse. Nous n'avons pas seulement fait nos valises, nous avons soigneusement sélectionné notre équipement. Chaussures de trekking, vestes à membrane, bâtons et crème solaire à indice maximal sont devenus nos meilleurs alliés un mois avant le départ. J'ai passé des heures à chercher des cartes d'altitude et à lire des avis sur l'état des sentiers après les pluies printanières. Nous ne prévoyions pas de dormir sous tente, préférant le format « light trekking » avec des nuitées dans de petites maisons d'hôtes familiales pour ressentir l'ambiance locale sans porter 20 kilos de matériel. Nous recherchions l'équilibre entre le dépassement de soi et le confort élémentaire.

L'humeur avant le départ était un peu nerveuse mais enthousiaste. Nous nous demandions si nous aurions assez d'endurance, car les dénivelés dans cette région sont importants. Le plan était de parcourir une partie du « Janapar Trail », d'explorer des cités troglodytes abandonnées et de voir des monastères qui ne figurent pas dans toutes les brochures touristiques. Nous avons fait le plein de fruits secs, de noix et d'espoir pour que la météo du début de l'été nous soit clémente. L'anticipation de l'inconnu et de la fatigue physique, qui procure une satisfaction étrange, ne nous a pas quittées un instant.

Jour 1. La jungle de pierre de Goris et la première ascension

Notre voyage a commencé à Goris. C'est une ville étonnante qui semble taillée directement dans la roche. Nous nous sommes installées dans une maison d'hôtes accueillante à la périphérie, où la fenêtre offrait une vue sur les célèbres « piliers de pierre » — des formations rocheuses pointues rappelant la Cappadoce. L'hôtesse nous a accueillies avec un café corsé et du fromage maison. Le petit-déjeuner était copieux : lavash, herbes fraîches, matzoon et omelette aux tomates. C'était un ravitaillement important avant la première sortie en montagne, car nous devions aujourd'hui monter vers la vieille ville pour évaluer nos forces.

Nous avons décidé de consacrer le premier jour à l'acclimatation et à une randonnée radiale vers le Vieux Goris. C'est un ancien village troglodyte abandonné sur le flanc de la montagne. Le sentier commençait juste après les quartiers résidentiels. Marcher n'était pas difficile, mais l'inclinaison a rapidement fait battre nos cœurs plus vite. Nous avons cherché l'histoire de ces lieux : il s'est avéré que des gens vivaient dans ces grottes jusqu'au milieu du XXe siècle. À l'intérieur de certains grottes, des traces de suie sur les plafonds et des étagères en pierre subsistent. Nous avons erré parmi ces « appartements » vides, imaginant la vie qui y bouillonnait.

La vue d'en haut sur le Goris moderne avec ses toits rouges et son plan rigoureux a été la récompense de la montée. Nous avons passé quelques heures assis au bord du précipice, respirant l'odeur du thym. Pour le déjeuner, nous avions nos sandwichs et de l'eau minérale locale. Le soir, nous sommes redescendues en ville, sentant une lourdeur agréable dans les jambes. Le dîner dans un petit restaurant local se composait de kyufta et d'une salade de légumes frais. Nous avons discuté des plans pour le lendemain, comprenant que ce n'était qu'un échauffement avant les vraies montagnes.

Jour 2. La route vers Khndzoresk : ponts et vide

Le matin du deuxième jour nous a accueillies avec fraîcheur. Nous prévoyions d'aller jusqu'à Khndzoresk — une autre cité troglodyte, célèbre pour son pont suspendu. Le chemin passait par des collines et des pâturages. Le GPS du téléphone perdait parfois le signal, nous nous orientions donc grâce aux cairns laissés par d'autres randonneurs. Les paysages changeaient, passant de prairies d'émeraude à des éboulis pierreux secs. Sous nos pieds, les lézards bruissaient constamment, tandis que les aigles tournoyaient haut dans le ciel.

La route a pris environ quatre heures dans un sens. Khndzoresk nous a impressionnées par son ampleur. C'est tout un canyon parsemé de grottes. L'attraction principale est le pont suspendu de 160 mètres qui oscille au-dessus du vide. Le traverser est une véritable épreuve pour ceux qui ont le vertige. Marina et moi marchions lentement, agrippées aux câbles, en essayant de ne pas regarder en bas où un ruisseau murmurait profondément. À l'autre extrémité du pont, le silence et l'église abandonnée de Saint-Tadevos nous attendaient.

Nous avons grignoté juste au pied des murs de l'ancien temple. Le silence était absolu, hormis le bruit du vent. Nous avons cherché les particularités architecturales des églises arméniennes du Syunik, essayant de comprendre pourquoi elles paraissent si monolithiques et austères. Le retour à Goris a semblé plus long, les jambes commençaient à tirer. Le soir, nous sommes passées dans une petite boutique acheter du vin local et des kakis séchés. Nous avons dormi dans la même maison d'hôtes, sombrant dans un sommeil profond sous le bruit d'une pluie soudaine.

Jour 3. Traversée vers Tatev : sentiers forestiers et altitude

Le troisième jour a été le plus difficile physiquement. Nous avons décidé de faire une partie du chemin vers le monastère de Tatev à pied, à travers les gorges de la rivière Vorotan. C'était un véritable trekking avec un dénivelé important. Au début, le sentier descendait brusquement vers la rivière, dans une zone de forêts denses. L'humidité y était étouffante. Nous vérifiions constamment nos vêtements pour les tiques, car début juin est leur saison. La traversée d'un petit affluent a demandé de la prudence, car les pierres étaient glissantes.

Ensuite a commencé une ascension interminable. Nous marchions sur un lacet qui servait autrefois de route principale pour les caravanes. Le rythme a chuté, il fallait s'arrêter toutes les vingt minutes. Nous buvions l'eau des sources, assez fréquentes ici. À un moment, Marina a douté de la pertinence d'une telle traversée, mais quand les tours du monastère sont apparues au bord de la falaise entre les arbres, un second souffle est venu tout seul. Ce spectacle valait chaque goutte de sueur.

Nous n'avons pas pris le célèbre téléphérique « Wings of Tatev », mais sommes entrées dans le monastère par les vieilles portes du côté du sentier. Cela nous a donné un sentiment d'appartenance à l'histoire. Après la visite du complexe monastique, nous nous sommes installées dans une maison privée au village de Tatev. Les hôtes nous ont proposé un bain et un repas chaud fait maison — des dolmas dans des feuilles de vigne. Ce fut le meilleur dîner du voyage. Le soir, nous avons longtemps regardé les étoiles qui, en montagne, semblent incroyablement grandes et brillantes.

Jour 4. L'Ermitage de Tatev et le bruit de l'eau

Après la dure journée précédente, nous avons opté pour une sortie plus légère. Nous sommes descendues du monastère vers la rivière, jusqu'à ce qu'on appelle le Grand Ermitage de Tatev (Tatevi Anapat). C'est un complexe monastique isolé du XVIIe siècle, aujourd'hui en partie en ruines et progressivement englouti par la forêt. Le sentier y mène par une gorge ombragée, sentant les aiguilles de pin et la terre humide. Il n'y a presque pas de touristes ici, ce qui ajoutait une atmosphère mystique au lieu.

Nous y avons passé plusieurs heures à explorer les cellules abandonnées et les cours intérieures. À l'intérieur de l'un des temples, des restes de fresques subsistent. Nous avons cherché des informations sur les moines ermites qui vivaient ici en isolation totale. Ensuite, nous sommes allées jusqu'au Pont du Diable — une formation naturelle au-dessus de sources chaudes. C'est l'endroit où la rivière Vorotan passe sous la roche. L'eau y a une étrange teinte turquoise à cause des dépôts minéraux. Nous avons risqué une baignade dans l'un des bassins naturels d'eau tiède, et ce fut un soulagement incroyable pour nos muscles fatigués.

Le déjeuner s'est fait au bord de l'eau, avec des galettes aux herbes (Zhengyalov hats) achetées le matin au village. C'est une spécialité locale qui peut contenir jusqu'à vingt types d'herbes différentes. Le soir, en remontant au village dans une jeep de passage (nos jambes ayant décidé de se ménager), nous discutions de combien la nature du Syunik diffère du reste de l'Arménie. Ici, tout est plus vaste et plus sauvage. Nous avons dormi à nouveau à Tatev, savourant le silence de la nuit rurale, seulement troublé par les aboiements lointains des chiens.

Jour 5. Les crêtes de Bargushat : au-dessus des nuages

Le cinquième jour, nous l'avons consacré à l'exploration des plateaux d'altitude. Nous avons arrangé avec un habitant local pour qu'il nous dépose en vieille « Niva » plus haut dans les montagnes, au départ du sentier menant aux sommets de la chaîne de Bargushat. Notre but n'était pas de conquérir un pic, mais de marcher sur la crête avec vue sur l'Ararat et les sommets enneigés de la chaîne de Zangezur. La météo était changeante : tantôt un soleil éclatant, tantôt un brouillard épais qui transformait tout en décor de film fantastique.

Marcher sur une crête est un plaisir particulier. Une vue à 360 degrés, et sous les pieds, un tapis de fleurs alpines : edelweiss, gentianes, coquelicots sauvages. Nous nous sentions comme de minuscules points dans cet espace immense. Nous cherchions le nom des pics visibles à l'horizon, essayant d'identifier le mont Ishkhanasar. Le vent en altitude était cinglant malgré juin, et nos vestes à membrane nous ont été très utiles. Ce fut la journée la plus « haute montagne » de notre périple.

Sur le chemin du retour, nous sommes tombées sur un campement de bergers. Ils nous ont invitées pour le thé, nous offrant du fromage de brebis frais et des galettes. L'échange fut court à cause de la barrière de la langue, mais très chaleureux. Les bergers vivent ici tout l'été sous des tentes, gardant d'immenses troupeaux de moutons. Le soir, nous sommes retournées à Goris. Nous étions épuisées, mais c'était cette fatigue saine pour laquelle on va en montagne. Le dîner à la maison d'hôtes était simple : pommes de terre sautées aux champignons et beaucoup de tisane aux herbes de montagne.

Jour 6. Les grottes de Kndzoresk et la quête des anciens khatchkars

L'avant-dernier jour, nous avons décidé de le passer plus calmement, en explorant les environs du village de Karahunj, situé près de Goris. Nous cherchions des anciens khatchkars — les pierres-croix arméniennes, dispersées ici au milieu des champs. Chaque khatchkar est unique par son ornementation, et nous tentions de trouver les exemplaires les plus anciens. C'était comme une quête : suivre les coordonnées d'un vieux blog, se frayer un chemin à travers les buissons d'églantiers et soudain tomber sur un chef-d'œuvre de sculpture sur pierre vieux de près de mille ans.

Ensuite, nous nous sommes rendues à Zorats Karer, souvent appelé le Stonehenge arménien. C'est un champ parsemé d'immenses pierres dressées verticalement avec des trous. Les scientifiques débattent encore de leur utilité. Nous avons lu différentes théories — de l'observatoire aux enclos pour le bétail. Le lieu est énergétiquement très puissant, surtout quand le soleil commence à décliner et que les ombres des pierres s'allongent. Nous y avons erré longtemps, en essayant de ne pas déranger les quelques autres visiteurs.

Le déjeuner a eu lieu dans un petit café de bord de route, où l'on nous a servi du porc grillé et des légumes rôtis. Les saveurs au Syunik sont très intenses, tous les produits sont locaux et frais. La deuxième moitié de la journée a été consacrée à l'achat de souvenirs à Goris : nous avons pris du doshab de mûre maison et des herbes séchées. Nous avons passé la soirée sur la terrasse de notre maison, triant les photos et réalisant que notre voyage se terminait demain. La nuitée dans ce lieu devenu familier nous a semblé très chaleureuse.

Jour 7. Adieu aux montagnes et chemin vers le final

Pour le dernier jour, nous n'avions pas prévu de longues marches. Nous avons décidé de simplement flâner dans les ruelles de Goris, de jeter un œil au musée local et de monter au point de vue à l'entrée de la ville pour prendre les clichés finaux. La ville sous la lumière du matin était particulièrement graphique. Nous avons acheté des abricots frais au marché — ils commençaient tout juste à apparaître, mais étaient déjà incroyablement sucrés. Ce fut notre petit-déjeuner en marchant.

Nous sommes entrées dans l'église locale de Saint-Grégoire l'Illuminateur pour un moment de silence. Puis nous sommes parties vers la rivière, où nous avons trouvé un vieux pont abandonné. Nous voulions immortaliser chaque détail : la texture de la pierre, la couleur de l'eau, l'odeur des vergers en fleurs. Nous vérifiions les horaires de transport pour le lendemain, car notre aventure au Syunik touchait à sa fin. Une légère tristesse nous habitait, mais aussi une immense satisfaction d'avoir accompli tout ce que nous avions prévu.

Nous avons voulu que le dernier dîner en Arménie soit spécial. Nous avons trouvé un endroit qui prépare la kaurma traditionnelle du Syunik. C'est une viande mijotée qui fond littéralement dans la bouche. Nous avons porté un toast au fait de ne jamais nous être égarées ni foulé une cheville. Le soir a été consacré à boucler les sacs à dos, en essayant de faire tenir tous les cadeaux et souvenirs. La nuit fut calme, même les chiens se sont tus cette fois, nous laissant dormir avant la route. Le Syunik nous a dit adieu avec un vent frais et une odeur de terre mouillée.

Des montagnes qui soignent : l'après-goût du Syunik

Ce voyage a été une révélation. L'Arménie s'est révélée beaucoup plus profonde et complexe que ce que j'imaginais. Le Syunik, ce n'est pas le service « tout compris » ni les bus confortables. C'est une question d'honnêteté envers soi-même, de dépassement dans les montées abruptes et d'incroyable hospitalité de gens qui n'ont presque rien mais sont prêts à tout donner. J'ai aimé avoir choisi juin : l'explosion de couleurs et la fraîcheur de l'air montagnard ont compensé toutes les difficultés physiques. Le trekking dans de tels endroits est le meilleur moyen de réinitialiser son cerveau.

Bien sûr, il y a eu des moments où l'on voulait tout abandonner — surtout lors des montées interminables sous un soleil de plomb ou quand le brouillard devenait si épais qu'on ne voyait plus ses propres chaussures. Mais ce sont précisément ces moments que l'on se remémore avec le plus de chaleur. Ce que je changerais ? Peut-être prendrais-je plus de pansements pour les ampoules et une autre paire de baskets légères pour se reposer le soir. Mais globalement, notre itinéraire était équilibré et très riche. J'ai compris que de tels voyages rapprochent : avec Marina, nous avons fini par nous comprendre sans mots, juste au rythme de nos pas sur le sentier.

Reviendrai-je en Arménie ? Absolument. Mais la prochaine fois, j'aimerais explorer les régions du nord — Lorri ou Tavush, où les montagnes sont plus boisées. L'Arménie est un pays qu'on ne peut connaître en un seul voyage, il faut la « déguster » par morceaux, comme un bon vin maison. La leçon principale de ce voyage pour moi : ne pas avoir peur de quitter les sentiers battus. Le plus intéressant commence toujours là où l'asphalte s'arrête et où les pierres commencent. Aujourd'hui, en regardant mes chaussures de trekking usées, je ne ressens pas de fatigue, mais une joie tranquille et une disponibilité pour de nouveaux sommets.


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