Comment est née l'idée d'une escapade printanière dans la province marocaine
L'idée de voyager au Maroc avec mes parents mûrissait depuis longtemps, mais les itinéraires classiques impliquant de longues heures de route à travers le désert du Sahara ou l'effervescence de Marrakech effrayaient un peu ma mère et mon père. Nous recherchions le calme, la douceur de vivre et un climat agréable. Au début du printemps, nous avons décidé de découvrir un tout autre Maroc — loin des clichés des guides touristiques, pour explorer des régions rurales réputées pour leurs vignobles et leurs lagunes ostréicoles. Notre choix s'est porté sur la province de Ben Slimane, située dans les contreforts de l'Atlas, à l'écart de la côte animée, ainsi que sur la paisible petite ville côtière de Oualidia.
La préparation a été minutieuse. Mes parents étant habitués au confort, j'ai évité les auberges animées pour chercher des maisons d'hôtes traditionnelles et intimistes — des riads et des éco-villas nichés au cœur des oliveraies. Nous voulions ressentir l'atmosphère locale sans hâte, nous réveiller au chant des oiseaux, nous promener au milieu des collines verdoyantes et goûter à la cuisine locale là où elle est préparée pour les habitants. Nous avons contacté à l'avance des guides locaux spécialisés dans l'agrotourisme et loué un crossover confortable pour ne pas dépendre des transports en commun.
L'excitation était palpable avant le départ. Maman étudiait les particularités de la céramique marocaine, Papa lisait des ouvrages sur l'histoire de la viticulture locale, développée depuis l'époque du protectorat français, et pour ma part, je me réjouissais simplement à l'idée de passer dix jours en famille. Le printemps marocain s'annonçait doux, fleuri et verdoyant, contrastant singulièrement avec l'image aride que l'on se fait souvent de ce pays.
Jour 1. Première rencontre avec Ben Slimane et villa chaleureuse
Notre voyage a débuté par notre arrivée dans la province de Ben Slimane. Cette région nous a accueillis avec ses collines émeraude qui, au début du printemps, se couvrent d'un tapis de fleurs sauvages. L'air y est incroyablement pur, parfumé de douces notes de pin et d'eucalyptus. Nous avions réservé nos chambres dans une petite maison d'hôtes familiale, la Villa des Chênes, entourée de chênes centenaires et d'oliviers. L'endroit s'est révélé d'un calme absolu, loin de l'agitation des grands axes.
Le propriétaire de la villa, un Marocain très chaleureux nommé Abdel, nous a accueillis avec le traditionnel thé à la menthe accompagné de biscuits maison à la farine d'amande et à la fleur d'oranger. Mes parents ont immédiatement apprécié le rythme paisible du lieu. Après notre installation, nous sommes partis pour une promenade de reconnaissance dans les environs. Autour de nous s'étendaient des vignobles soignés, alternant avec des pâturages où paissaient tranquillement des moutons.
Nous avons déjeuné directement à la villa. Abdel nous a préparé une salade fraîche de tomates, de concombres et d'olives, arrosée d'une huile d'olive locale pressée à froid très parfumée, suivie d'un délicieux poulet aux citrons confits. Le soir, alors que la fraîcheur tombait doucement, nous sommes restés longuement sur la terrasse à écouter les grillons et à discuter de notre programme pour les jours à venir. Dans le calme de la campagne, notre première nuit fut excellente.
Jour 2. Les secrets de la viticulture marocaine au Château Roslane
La matinée a commencé par un petit-déjeuner copieux : des crêpes msemmen bien chaudes, du miel artisanal, du fromage de chèvre et un café serré. Le point fort de notre programme aujourd'hui était la visite du célèbre domaine viticole du Château Roslane, situé à proximité. Peu de gens savent que le Maroc produit des vins de grande qualité, et la région de Ben Slimane est l'un des hauts lieux de ce savoir-faire.
Nous avions réservé une visite privée des caves et des vignobles. Mon père a été impressionné par l'envergure de la production et la modernité des installations. On nous a expliqué comment les traditions anciennes s'allient aux équipements européens les plus modernes. Les immenses fûts de chêne dans lesquels vieillissent les meilleurs cépages rouges nous ont particulièrement marqués.
La visite s'est poursuivie par une dégustation. Nous avons goûté au fameux vin gris, une spécialité typiquement marocaine. Il se distingue par sa robe rose-doré très pâle et ses arômes frais et fruités de pamplemousse. Pour le déjeuner, le restaurant du domaine nous a servi un tajine de bœuf aux pruneaux et aux amandes, qui s'accordait parfaitement avec un cabernet sauvignon rouge bien charpenté. Nous avons passé la soirée à lire au coin du feu dans le salon de notre villa.
Jour 3. Randonnée dans la forêt de chênes et déjeuner chez les producteurs locaux
Pour notre troisième jour, nous avons choisi de nous immerger dans la nature. Ben Slimane est réputé pour ses forêts de chênes-lièges, véritable poumon vert de la région. Nous avons trouvé un itinéraire traversant une réserve naturelle et sommes partis en randonnée. La forêt printanière avait un air de conte de fées, avec ses arbres centenaires recouverts de mousse, ses orchidées sauvages et le chant de dizaines d'oiseaux. Mes parents marchaient à leur rythme, profitant de la fraîcheur des sous-bois.
Vers midi, nous sommes arrivés dans une petite ferme où un déjeuner avait été réservé. Nous avons été accueillis par une famille d'agriculteurs charmante. Les échanges se sont faits dans un mélange de français, d'arabe de base et de gestes, ce qui a donné un charme fou à cette rencontre. La maîtresse de maison a montré à ma mère comment on cuit le pain traditionnel tafnout dans un four en terre cuite chauffé au bois.
Nous nous sommes installés sur de grands coussins autour d'une table basse ronde. Le repas se composait d'un immense plat de couscous aux sept légumes, tous cultivés directement sur place. La saveur de ces légumes frais mijotés pendant des heures était tout simplement divine. Pour le dessert, nous avons dégusté des mandarines sucrées cueillies à l'instant même sur l'arbre. Nous sommes rentrés fatigués mais le cœur léger.
Jour 4. En route vers l'océan avec une escale authentique à Settat
Après avoir salué nos hôtes de Ben Slimane, nous avons pris la direction de la côte, vers Oualidia. La route traversait les paysages agricoles pittoresques de la région de la Chaouia. En chemin, nous avons décidé de faire une halte à Settat, une ville totalement préservée du tourisme de masse, où l'on peut observer la vie quotidienne marocaine dans toute son authenticité. Nous avons garé la voiture près de la place centrale pour rejoindre le marché local.
Le souk de Settat nous a émerveillés par ses couleurs et ses parfums : des montagnes d'épices, des herbes fraîches, des étals de poteries et de maroquinerie. Mon père a négocié avec succès une très belle théière pour le thé à la menthe de maman, et s'est offert une paire de babouches en cuir souple. Ici, pas d'insistance commerciale comme à Marrakech ; tout le monde s'est montré d'une grande gentillesse.
Nous avons déjeuné dans un petit restaurant de rue qui préparait des brochettes d'agneau grillées au charbon de bois. La viande était servie avec du pain chaud et de la harissa. En fin d'après-midi, nous sommes arrivés à Oualidia, un paisible village de pêcheurs situé au bord d'une lagune splendide. Nous nous sommes installés dans le charmant hôtel Sultana Oualidia, offrant une vue imprenable sur les eaux calmes de la lagune.
Jour 5. Le paradis des huîtres de la lagune de Oualidia
Le matin à Oualidia s'est éveillé au bruit des vagues et au cri des mouettes. La lagune de Oualidia est un site naturel unique, protégé des vagues de l'océan Atlantique par une barrière de rochers. L'eau y est toujours calme et tempérée. La grande fierté locale réside dans ses parcs ostréicoles, réputés pour être les meilleurs d'Afrique du Nord.
Nous avons loué une petite barque en bois avec Mustapha, un pêcheur local, qui nous a fait faire le tour de la lagune. Il nous a expliqué comment sont élevées les huîtres et nous a montré les parcs immergés. L'eau de la lagune est si limpide que l'on distingue le fond à plusieurs mètres de profondeur. Ma mère a été émerveillée par les groupes de flamants roses qui s'arrêtent ici pour l'hiver et prolongent leur séjour au début du printemps.
Le déjeuner s'est déroulé à la célèbre table de l'ostréiculture Maison Ostrea II. Installés au bord de l'eau, nous avons dégusté une douzaine d'huîtres d'une fraîcheur absolue relevées d'un filet de citron, puis un bar grillé accompagné d'une sauce à l'ail. Mes parents, d'ordinaire peu amateurs de fruits de mer, ont été conquis par la finesse des plats. Nous avons terminé la journée par une promenade sur la plage de sable à marée basse.
Jour 6. Le patrimoine historique de Safi et les ateliers de potiers
Pour notre sixième jour, nous avons fait une excursion d'une heure de route vers le sud jusqu'à Safi. Cette ancienne ville portuaire est célèbre pour sa forteresse portugaise et sa céramique exceptionnelle. Nous avons commencé notre visite par la Kechla, qui offre un panorama spectaculaire sur l'océan et le port.
Nous nous sommes ensuite rendus sur la colline des Potiers. C'est ici que se trouvent des dizaines d'ateliers où les artisans façonnent l'argile à la main selon des techniques ancestrales. Nous avons observé comment une simple motte de terre se transforme en un vase élégant sous les mains habiles de l'artisan sur son tour à pied. Maman a craqué pour de superbes assiettes peintes à la main avec les motifs bleu cobalt traditionnels de Safi.
Pour le déjeuner, nous nous sommes installés dans un petit restaurant du port pour savourer une kefta de sardines (des boulettes parfumées aux épices dans une sauce tomate) préparée dans un tajine en terre cuite. Ce plat simple et réconfortant a beaucoup plu à mon père. De retour à Oualidia, nous avons admiré un coucher de soleil somptueux qui a teinté la lagune de nuances rose et mauve.
Jour 7. Randonnée côtière le long des falaises et plages sauvages
Cette journée a été placée sous le signe du plein air. Nous avons décidé de découvrir le littoral au nord de Oualidia, là où l'océan vient se briser contre de hautes falaises de grès. Nous avons emprunté un sentier côtier spectaculaire. Le vent marin du printemps étant frais et vivifiant, nos vestes coupe-vent ont été bien utiles.
Les paysages ici sont sauvages et impressionnants. De temps à autre, le sentier descendait vers des criques de sable désertes, nous laissant seuls face à l'océan. Dans l'une d'elles, nous avons organisé un pique-nique improvisé avec du pain frais, du fromage, des tomates et des olives achetés le matin même à Oualidia. Mes parents se sont installés sur le sable chaud, profitant pleinement de la douceur du soleil printanier.
Après une marche d'environ sept kilomètres, nous avons rejoint un petit village de pêcheurs d'où nous sommes rentrés à l'hôtel en grand taxi, ces Mercedes vintage qui font office de transport local. Le soir, nous avons dîné au restaurant chaleureux de notre hôtel, où le chef nous a préparé un délicieux filet de daurade accompagné d'une purée de patates douces.
Jour 8. Le souk agricole et cours de cuisine locale
La cuisine marocaine est un art à part entière, et nous voulions en percer quelques mystères. Dès le matin, nous nous sommes rendus au souk hebdomadaire qui s'installe à la périphérie de Oualidia. C'est un spectacle incroyable : les agriculteurs des environs y amènent leurs produits à dos d'âne ou sur des charrettes. L'animation, les parfums de menthe, de coriandre et de foin frais créent une atmosphère unique.
Accompagnés par une cuisinière d'une coopérative locale, nous avons choisi nos ingrédients pour le déjeuner : herbes fraîches, carottes nouvelles bien fermes, courgettes, citrons mûrs et épices au détail. Nous avons ensuite rejoint la cuisine ouverte de la coopérative, où Fatima, notre hôtesse marocaine, nous attendait pour commencer la préparation.
Elle nous a appris à doser et associer le cumin, le paprika, le gingembre et le curcuma. Sous son regard bienveillant, nous avons mijoté un tajine d'agneau aux abricots secs et aux noix, ainsi qu'une salade zaalouk (aubergines et poivrons grillés). Ce déjeuner préparé de nos propres mains fut sans doute le meilleur de tout le séjour. Mes parents ont précieusement noté toutes les recettes.
Jour 9. Douce journée sur la lagune et marais salants
Pour notre avant-dernière journée, nous avons privilégié la détente absolue. Nous avons passé la matinée au bord de la lagune, dont l'eau était calme et accueillante. Mon père s'est même laissé tenter par une baignade, bien que l'eau printanière reste assez vivifiante. Nous avons loué des kayaks pour glisser le long de la mangrove et observer les hérons.
L'après-midi, nous sommes allés découvrir les anciens marais salants situés non loin de la ville. Ici, le sel est récolté de manière traditionnelle par évaporation dans des bassins peu profonds. Le paysage offrait des lignes géométriques superbes avec des bassins aux reflets changeants, allant du rose pâle au blanc éclatant sous l'effet de la cristallisation du sel.
Nous avons dîné dans un petit restaurant familial situé sur les hauteurs, offrant un panorama magnifique sur la lagune et l'océan en arrière-plan. Nous avons partagé un grand plateau de poissons grillés et de fruits de mer, tout en regardant le soleil disparaître à l'horizon et en nous remémorant les meilleurs moments de ce voyage.
Jour 10. Adieu à Oualidia et retour
C'est ainsi que s'est achevée notre aventure marocaine de dix jours. La matinée du dernier jour a été consacrée aux bagages, qui s'étaient notablement alourdis : les céramiques de Safi y étaient soigneusement emballées aux côtés de bouteilles de vin gris de Ben Slimane, de sachets d'épices parfumées et d'une belle bouteille d'huile d'olive locale.
Avant de prendre la route, nous avons fait une dernière promenade le long de la lagune pour respirer l'air marin. Nous sommes retournés dans notre café préféré pour savourer un dernier café serré à la cardamome. En apprenant notre départ, le patron a offert à ma mère un joli bouquet de menthe fraîche pour le voyage.
Nous sommes montés à bord de notre crossover pour le trajet de retour, profitant une dernière fois des paysages verdoyants du printemps marocain. Ce voyage a dépassé toutes nos espérances. Nous avons pu faire découvrir à mes parents un visage secret de ce pays magnifique : serein, accueillant, parfumé d'embruns, de pinèdes et de grands vins.
Le luxe tranquille des campagnes marocaines : bilan de notre escapade en famille
Ce voyage de printemps restera gravé dans les souvenirs de notre famille comme l'un des plus doux et des plus harmonieux. Le Maroc s'est révélé sous un jour tout à fait inattendu. Nous y avons trouvé un excellent niveau de confort et de service, allié à une hospitalité authentique, dès lors que l'on s'écarte des sentiers battus.
Mes parents ont adoré ce rythme de voyage. Prendre le temps, loger dans des adresses préservées et chaleureuses, déguster des produits de la mer d'une fraîcheur absolue et d'excellents crus locaux leur a permis de se ressourcer pleinement. Nous avons été touchés par la gentillesse des habitants des campagnes, leur discrétion et leur accueil spontané.
Quelques aspects pratiques sont toutefois à garder en tête. Pour voyager sereinement dans les zones rurales du Maroc, la location d'un véhicule et une conduite attentive sont indispensables, car les routes secondaires peuvent être étroites et sinueuses. Par ailleurs, la pratique du français a grandement facilité nos échanges avec les habitants tout au long du séjour.
Cette formule mêlant agrotourisme et découverte des terroirs s'est avérée idéale pour un voyage en famille avec des parents. Elle permet de concilier plaisirs de la table, amour de la nature et activités douces. Nous commençons déjà à imaginer notre prochaine destination pour l'automne, qui nous mènera peut-être vers les campagnes du Portugal ou les vignobles du nord de l'Italie.